MAISŒN D'ÉDITION
& LABEL DE MUSIQUE

LIBRARIŒLI n°B

Revue dirigée par Lou-Maria Le Brusq

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Babillage, le mot provient de l’onomatopée BAB que produit le mouvement des lèvres hésitantes. Mais le BAB de babillage c’est aussi le BAB associé au radical hébreu BBL, de Babel. Babel, la ville où se confondaient tous les langages.

Babiller peut signifier parler beaucoup à propos de rien, sans cohérence de vocabulaire, comme un enfant. C'est parler pour ne rien dire, c'est le son avant le sens. Un borborygme dénué de signification. Mais il n'est pas rare de vouloir chercher une justification sensée à des ribambelles de signes juxtaposés les uns aux autres. Dans de nombreuses mythologies nous prêtons le pouvoir à certains de parler en langues inconnues - comme la glossolalie chez les chrétiens, les langages de la Pythie ou autres chamanes, la lingua ignota de Hildegarde de Bingen etc. Ces babillages légendaires témoignent du désir d'existence d'un signifiant transcendantal, une langue partagée par tous qui dépasserait son signe auditif ou scriptural. Comment revenir à cette essence primitive du langage , cet avant du langage construit ? Le babillage se situe bien juste avant la construction d'une langue. Les fondations du terrain commun de la compréhension.

Babiller appartient également au champ lexical de la petite enfance. Le langage primaire des petits est désigné comme babillage canonique. Canonique, de « canon », la règle en grec. En mathématique, l'adjectif « canonique » qualifie des objets qui semblent être naturels et instinctifs et qui permettent de faciliter des manipulations ultérieures. En informatique, le passage à la forme canonique permet de transformer des données dont plusieurs représentations sont possibles vers un format « standard ». Est-ce que ce babillage, incompréhensible à nos yeux, ne désigne pas une opération de transformation du langage  ? C'est-à-dire la matérialisation de la transformation du signifiant transcendantal en une langue ? À moins qu’il soit la représentation sonore de règles pré-existantes à l’homme avant qu’il n’arrive à exprimer ce qui l’entoure ? Quel est le degré de vérité, c’est-à-dire d’association avec le réel, du babillage  ? Le besoin pour l’homme de construire et d’inventer de nouveaux langages, tout autant par désir de fiction que par utopie politique, témoigne d’une volonté d’extraction du pouvoir coercitif du langage, car malgré tout, le canon des langues, qui est inévitable pour ce qui est de la compréhension, enferme nos modes de pensée dans un dedans du langage. Or, comme beaucoup d’écrivains tendent à le démontrer, il existe également un dehors du langage. Une proposition qui pourrait résider dans l’essence de ces babillages premiers. Le babillage fait-il déjà partie du réel, c'est-à-dire de l'intérieur du langage ou exprime-t-il les limbes d'un ailleurs du langage ? Peut-être n'est-il que la matérialisation de cette frontière ?

Ces quelques invitations proposées pour le numéro B de Librarioli, dessinent les contours d'un langage, lui donnant autant d’intonations qu'une langue chantante. Qu'il soit question de l'acte d'écriture, d'oralité, de graphie, d'écoute, ou même de mutisme, chaque contribution, en interrogeant différentes mises en situation du langage, cherche à atteindre le babil convoité.

Avec Clémentine Hougue, Angeline Ostinelli et Sarah Garcin, Cécile Babiole, Pauline Chasseray-Peraldi, Eugène Blove, Théo Revelen-Bernard & Morgan Richard, Igor Myrtille, Simon Restino, Aude Van Wyller, Cedric Esturillo Cacciarella, Joël Jouanneau, Tip Otop et Anna Holveck

Les 96 pages de Librarioli n°B, composées par Célestin Krier et Cyril Makhoul, sont tirées en offset à 350 exemplaires + inserts imprimés en riso avec DUPLICO - Riso Graphie